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numéro 103 (décembre 2004-janvier 2005)

Dieudonné cherche le soutien de rabbins intégristes 


Dieudonné s'était enferré après un sketch ambigu et taxé d'antisémitisme. Il s'est affiché, pour se dédouaner avec des rabbins de la secte ultra orthodoxe de Netourei Karta, lors d'une conférence de presse le 11 novembre dernier. Un jeu de dupes aux multiples facettes s'achève. Le groupe autour de Dieudonné est sorti de l'ambiguïté, malheureusement dans le sens d'un antisémitisme politiquement construit.

Dieudonné est maintenant entouré d'un groupe réunissant des gens très confus ainsi que des colporteurs de textes antisémites.
La longue contribution sur le sionisme affichée depuis le 7 mai sur le site de son comité de soutien et signé du comité de soutien lui-même, a franchi la limite séparant un antisionisme politique, aussi « radical » puisse-t-il être, et l'antisémitisme. On y lit en effet, dans la conclusion de ce très long texte que le problème réside depuis 2 000 ans dans « le racisme premier des juifs envers les non-juifs et le racisme réactionnel des non-juifs envers les juifs. La pérennité de l'un est la pérennité de l'autre ». Ce qui est une illustration chimiquement pure de l'antisémitisme. C'est donc à leurs yeux la nature des juifs et du judaïsme, depuis des millénaires qui est la cause première de tous les problèmes, y compris de l'antisémitisme qui ne serait qu'une réaction des « non-juifs » agressés.
Dieudonné s'appuie désormais sur les correspondants français d'Israël Shamir, les disciples du Roger Garaudy négationniste, sur Ginette Skandrani qui prône l'amitié avec le Hamas et travaille en commun avec les faurissoniens, sur des gens que l'on voit à la fois dans les librairies d'extrême droite et en marge des incidents qui perturbent les manifs antiguerre parisiennes. La liste « Euro-Palestine » et la CAPJPO ont tiré la conséquence de cette évolution en rompant publiquement avec Dieudonné.

Prier pour Arafat hospitalisé à Paris

Tout ce petit monde était présent au théâtre de la Main d'Or, durant une conférence de presse surréaliste des quatre rabbins qui étaient venu prier pour Yasser Arafat hospitalisé à Paris.
Les organisateurs ont instrumentalisé le discours des rabbins, jusque dans la traduction. Quand ceux-ci disaient soutenir les militants et le gouvernement français contre les prises de positions du Crif, la traductrice expliquait qu'ils demandaient pardon « pour ce que les juifs font souffrir aux Français ».
Quand les rabbins affirmaient que les orthodoxes n'avaient rien à voir avec les fascistes de Kach (allusion aux disciples du rabbin Meir Kahane regroupés en France dans la Ligue de défense juive), Maria Poumier, la traductrice, disait « les Loubavitch n'ont rien à voir avec les orthodoxes » ; alors qu'ils représentent précisément le courant principal de l'orthodoxie religieuse et qu'ils n'ont rien de fasciste !
Le discours ultra-orthodoxe ne peut soutenir aucun discours laïc. Les positions des Neturei Karta ont comme point de départ le caractère impie du projet sioniste et de la société israélienne. Quand les rabbins attaquent « les sionistes », ils désignent les forces politiques laïques par opposition à la société orthodoxe. Cette analyse ne peut être soutenue que d'un point de vue religieux. Autrement dit, l'argument « même des juifs le disent » n'est pas recevable. Des courants politiques doivent justifier leurs propres prises de position sur des bases politiques.
Et dans le domaine politique, peu importe que les Israéliens soient religieux ou non, le problème qui se posait hier était de respecter les droits des juifs et des Palestiniens. Aujourd'hui c'est de concilier l'existence d'un peuple et d'une nation israélienne avec les droits du peuple palestinien.
Lors de la conférence de presse, les rabbins ont souligné : « Nous ne nous intéressons pas aux conséquences, positives ou négatives de nos actions dans l'ordre temporel » et pour réparer l'injustice faite aux Palestiniens et détruire l'État impie d'Israël, « la question de savoir si des forces sont antisémites ou non est hors sujet ».
Les Neturei Karta ont ainsi entretenu des contacts avec l'extrême droite depuis plus de dix ans, leur site affiche l'entretien recueilli par Patrick Harrington du mouvement néo-fasciste Third Way. Les Neturei Karta ont rencontré le leader antisémite de la Nation de l'Islam, Louis Farrakhan. Ils ont noué contact avec des musulmans conservateurs, comme Yûsuf Al-Qardâwî, un imam égyptien vivant au Qatar qui préside le Conseil européen des fatwas et de la recherche.
René Monzat