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Radiographie du FN chapitre 11 |
L'heure est aujourd'hui à un retour du religieux sous ses formes les plus rétrogrades.L'objectif est de régénérer une société qui serait en pleine décadence. Pour la connaissance de ces réseaux, les dossiers du magazine Golias (*) nous ont été très précieux.
Le XIXe siècle marque une opposition entre les catholiques libéraux (qui cherchent une médiation entre la société nouvelle issue de la Révolution et l'Eglise catholique) et les catholiques intransigeants.
1891 : l'encyclique Rerum novarum sur la condition des ouvriers, pose un problème d'interprétation, conduisant à une opposition entre les défenseurs du catholicisme social et les catholiques intransigeants, appelés intégristes (ils se réclament d'une fidélité intégrale à la doctrine du pape).
Sous Pie X, les catholiques romains intégraux revendiquent l'intégralisme, consistant à préserver la pureté de la doctrine, mais aussi de ses retombées sociales. Ils ont en effet le projet d'une société nouvelle qui échappe aux principes développés par la société moderne depuis la Révolution française.
Leur objectif : restaurer une société chrétienne. Depuis Vatican II, les catholiques intégristes se disent traditionalistes. Ils sont divisés dans de nombreux courants.
A la suite du Concile Vatican II, les catholiques les plus traditionalistes n'ont pas accepté les réformes entreprises et l'oecuménisme affiché par l'Eglise. Autour de Mgr Lefebvre, s'est alors créée, en 1970, la Fraternité Saint Pie X, un mouvement qui défend le respect des rites (la messe en latin, en particulier), des enseignements traditionnels mais dont la réflexion porte surtout sur la mission de l'Eglise dans l'organisation de la société. La Fraternité dénonce l'influence des Juifs et des francs-maçons dans l'Eglise qui ont amené celle-ci à accepter les principes de la Révolution française. Même si elle déclare privilégier l'action spirituelle et n'être pas un mouvement politique, elle défend l'intervention de l'Eglise dans la vie politique et les valeurs de la théocratie, avec pour référence les régimes de Franco en Espagne et Salazar au Portugal. Elle professe également un anti-judaïsme à la fois religieux et économique, pour démontrer l'origine également "juive" du libéralisme et du communisme.
Dans les années 80, Mgr Lefebvre, pour assurer sa succession, ordonne des évêques sans solliciter l'accord du pape. Celui-ci le suspend alors "a divinis" (il remet son âme à Dieu), mais les ordinations, illicites du point de vue du pouvoir de Rome, sont restées valides du point de vue religieux, et ces évêques peuvent donc exercer leurs fonctions. La suspension de Mgr Lefebvre par le pape en 1988 a provoqué un schisme entre le Vatican et la Fraternité. Quelques années plus tard, Jean Paul II a accordé l'amnistie aux schismatiques, acceptant leurs revendications à condition qu'ils reconnaissent son pouvoir, ralliant ainsi au Saint-Siège une partie des membres de la Fraternité.
Cette association est présente dans plusieurs départements français, et occupe notamment l'Eglise Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, depuis 1977. La Fraternité compte actuellement 256 prêtres et 230 séminaristes répartis dans 6 séminaires internationaux. Elle est présente dans 41 pays, contrôle plus de 500 lieux de culte en Europe, ainsi que 7 carmels et une centaine de frères et de soeurs, répartis dans 7 noviciats. Elle possède en France une soixantaine d'écoles primaires directement ou indirectement rattachées à elle, dont un institut universitaire à Paris et 5 collèges et lycées refusant la mixité et tout contrat avec les collectivités publiques.
Philippe Béguerie, théologien, résume ainsi
les grandes tendances de Mgr Lefebvre: "Mgr Lefebvre avait
quatre grandes idées qu'il a transmises à ses
fidèles :
1) L'ordre. Dieu est venu sur Terre pour rétablir l'ordre.
L'ordre est l'opposé de l'esprit de dialogue qui est
entré dans le monde avec la Révolution
française.
2) Les Hommes sont divisés entre la race des seigneurs et la
race des serviteurs; lui étant de celle des seigneurs!
3) La légende du grand inquisiteur de Dostoïevski: la
chose la plus difficile à porter pour l'Homme est la
liberté. Seule la race des supérieurs est
dotée de la liberté; les autres n'ont droit
qu'à l'obéissance.
4) les supérieurs ne sont pas tenus de dire la
vérité aux inférieurs, mais doivent leur dire
ce qu'il faut pour les maintenir dans
l'obéissance".
Aujourd'hui des résurgences apparaissent, fortement ancrées dans un passé nostalgique : le révisionnisme, la considérable protection de Touvier.
En 1994, son association, Combat pour les valeurs, donne naissance au Mouvement pour la France (les associations familiales sont pour lui un outil de pouvoir important).
Bernard Antony (également appelé Romain Marie) essaie de fédérer l'expression politique des chrétiens traditionalistes vers le FN. Il est soutenu dans son action par Dom Calvet, le journal Présent, quotidien national de la "contre-révolution".
Bernard Antony a fondé les comités Chrétienté-solidarité, dont la plupart des militants appartiennent au FN. Leur slogan est : "la France chrétienne et française !". Ils militent pour une société d'abord catholique, régie par le Décalogue, non démocratique, inégalitaire et aristocratique. Ils condamnent le libéralisme, le socialisme ; leur combat contre le communisme dans le monde entier (URSS, Nicaragua, Asie du Sud-Est) leur a permis de nouer des liens et de mener des actions avec la droite.
Bernard Antony est également à l'origine de l'AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne), qui vise à lutter contre le "racisme anti-français", notamment par des actions juridiques, et de défendre et préserver la religion chrétienne.
Martine Lehideux a créé le Cercle national des femmes d'Europe (CNFE) pour redonner une image convenable au FN, longtemps considéré comme un ramassis de païens infréquentables .
Le combat de Mgr Lefebvre est soutenu par la plupart des groupes politiques d'extrême droite. Lui-même a appelé à voter pour le Front national ; les journaux d'extrême droite, Aspects de la France, National hebdo, Présent, sont vendus à la sortie des offices dominicaux. Les intégristes partagent avec le FN leur point de vue sur des sujets comme l'avortement, le rôle de la famille, la liberté scolaire, l'hostilité à l'islam. Cependant, cette alliance tactique se heurte à de réelles divergences.
Le FN comprend un important courant néo-païen, incarné notamment par la Nouvelle droite, qui prône un retour aux valeurs indo-européennes, que le christianisme a, selon elle, dévoyées. Par ailleurs, nombreux sont les catholiques traditionalistes qui s'opposent à l'acceptation par le FN des institutions démocratiques ou contestent le fait qu'il voie surtout dans l'Eglise un facteur d'ordre social, de cohésion nationale, de garantie de l'identité nationale.
En outre, des élus de la droite classique (UDF, RPR, divers droites, centristes) se font parfois les émissaires de la cause intégriste. Ainsi, en 1995, une trentaine de députés (Bernadette Isaac Sibille (UDF), Etienne Pinte...) déposaient un amendement pour demander la présence de défenseurs de la famille à la Commission d'avances sur recette dans le but d'établir une censure à priori.
"Dès lors que l'homme est social, la
société a pour acteur ultime Dieu. La
société ne peut s'affranchir de la loi divine (...).
La science politique doit faire vivre la société
selon le plan divin. Or, c'est sous ce rapport là que nous
condamnons l'avortement puisque c'est un attentat à la vie,
la contraception également, c'est détourner de sa
finalité naturelle l'acte de la propagation de la vie. "
(abbé Aulagnier)
Fondée en 1899, consécutivement à l'affaire Dreyfus, l'Action française préconise l'ordre, la discipline, l'honneur de l'armée, le culte de la nation, est hostile aux parlementarismes, jugés superficiels.
La devise du journal sera "La France, la France seule". Le mouvement séduit très rapidement une grande partie du clergé. Dans les années 20, il représente un allié contre les forces hostiles à la religion (les forces de la République) et l'Action française est dans tous les séminaires et les presbytères. Les principes de hiérarchie et d'autorité les rapprochent. En 1926, Pie XI (qui avait condamné les fascismes) s'en inquiète d'ailleurs, reprochant à l'organisation son opportunisme politique (la devise de Maurras est "politique d'abord": il utilise l'Eglise au service de son idéologie politique, la monarchie d'ordre) et sévit en interdisant la lecture de l'Action française sous peine de sanctions canoniques.
De 1940 à 1944, Maurras approuve et soutient Vichy. Avec Vichy, on assiste au croisement de l'attitude intégriste et du nationalisme intégral. Cette alliance tente d'imposer l'ordre moral avec l'appui et la complicité d'une Eglise institutionnelle trop heureuse d'avoir des sous pour ses écoles et ses oeuvres. Plusieurs personnalités illustrent cette alliance : Xavier Vallat, ordonnateur de la répression antisémite de Vichy et membre de la Fédération nationale catholique du général de Castelnau, Philippe Henriot, catholique notoire et porte-parole de la haine à l'égard des communistes et des résistants)...
Militantisme de base : propagande des associations anti-IVG dans les écoles, collèges, lycées privés, ... ; Utilisation des réseaux scouts comme relais pour certaines "informations" : inefficacité du préservatif ...
Lobbying et pression sur les groupes politiques : Les associations familiales, présentes dans de nombreuses structures politiques et sociales dans les régions ont obtenus dans certaines villes le retrait d'affiches cinématographiques (Harcèlement, Prêt-à-porter ).
Actions coup d'éclat : Commandos anti-IVG, incendies de cinémas.
Député depuis 1986, adhérente directe à l'UDF puis au CDS. Obsédée par le modèle pétainiste, elle est au coeur de nombreuses associations et coalitions d'associations religieuses d'extrême droite où cohabitent lefebvristes, intégristes, moonistes. Elle est présidente d'honneur du Cercle de la cité vivante contre les incitations à la débauche, présidente d'Action pour la dignité humaine. Elle lutte principalement contre l'avortement (commandos anti-IVG, demande d'abrogation de la loi Veil), mais aussi pour la censure de la sexualité et de la violence dans les médias, la famille...
Elle est, depuis 1995, conseillère du Vatican dans sa lutte mondiale contre l'avortement.
Médecin. Président de SOS-Tout-petits, il participe à de très nombreux commandos anti-IVG.
Professeur de médecine appartenant à l'équipe qui découvrit le mongolisme, expert auprès des Nations Unies en matière d'effets biologiques des radiations atomiques. "Laïc engagé", il se consacra à la lutte politique de l'Opus Dei d'instauration d'un gouvernement chrétien pour le contrôle des moeurs. Ses descendants se sont engagés aujourd'hui dans Pro-Vita, un de ses gendres (Hervé Gaymard) a été secrétaire d'Etat, conseiller actif durant la campagne présidentielle de Jacques Chirac.
De nombreuses associations se réclament de lui : les Amis du professeur Lejeune (association anti-IVG), l'Association pour la promotion de la famille (créée par l'Opus Dei, anti IVG),...
Outre les partis politiques cités plus haut, les messages de cette nébuleuse d'associations sont repris et véhiculés par :
- Soutien du pape à de nombreuses actions : Jean Paul II marque son orientation vers un soutien de l'ordre moral dans son encyclique Evangelium vitae où il proclame son attachement à la vie dès la conception, sa condamnation de la contraception. Il s'en prend par ailleurs à la législation civile quand elle n'est pas conforme à ses principes ; par rapport à l'euthanasie et à l'IVG, il considère qu'il y a "une obligation grave et précise de s'y (aux législations) opposer par l'objection de conscience. "
Cet engagement se concrétise par divers soutiens : l'association anti-IVG Magnificat a été bénie en 1982, Christine Boutin a été nommée en 1995 consulteur de la Sacrée congrégation pontificale pour la famille...
- Dom Calvet (frère de Jacques Calvet) : fondateur de l'abbaye du Barroux, il s'autoproclame chef de file intégriste.
Organisation de campagnes internationales comme SOS-Famille, d'alliances avec la secte Moon (parmi ses membres : Pierre de Rostolan).
D'autre part, ces associations essaient de faire pression sur l'ONU, en s'alliant avec des nations pratiquant la Charia (Soudan, Iran) pour lutter contre la destruction de la famille.
Les traditionalistes ou catholiques intégristes se regroupent en associations. Ces multiples associations sont en fait connectées entre elles par leurs membres ou leurs actions. On peut distinguer quatre grandes branches associatives :
La majorité de ces associations se sont réunies
dans un Cartel pour la défense contre les incitations
à la perversion des moeurs et à l'atteinte de la
dignité humaine organisé par François-Marie
Algoud (présidente de l'Oeuvre chrétienne de la
cité vivante). Ce cartel regroupe 42 journaux et
associations ; la présidente d'honneur est Christine
Boutin, député CDS des Yvelines.
(*) No. 27-28 : "Le
retour des Croisés" ; No. 42 : "Les réseaux
secrets de la nouvelle droite intégriste" ; No.
55 : "Les nouvelles légions du Pape".