logo ras lfront
www.raslfront.org
Radiographie du FN
chapitre 16

Le Front national à l'oeuvre à Toulon

Depuis son élection en 1995, Jean-Marie Le Chevallier a choisi une stratégie de mainmise discrète sur la ville par un travail de terrain et de proximité, sans mesures spectaculaires comme à Vitrolles (1). "Les informations qu'on a sont difficiles à recouper concrètement, c'est plutôt une ambiance générale, une pénétration souterraine, qui est probablement plus efficace que des mesures brutales, à travers des manifestations culturelles... un affichage des normes... Le phénomène le plus manifeste est le contrôle de la vie associative et en particulier des lieux associatifs avec une pression sur les subventions, et surtout une volonté de mainmise sur tout ce qui concerne la jeunesse", expliquent des militant(e)s de Ras l'front (2).

Dans cette stratégie, l'épouse du maire Cendrine Le Chevallier, déléguée à la jeunesse, l'enfance et l'adolescence, a la tâche de "conquérir les esprits". Son instrument essentiel est l'association "Jeunesse toulonnaise", fondée immédiatement après les élections. Cette association, qui reçoit 70% des subventions dans le cadre du contrat de ville, a pris en main les centres aérés, les activités sportives, les centres de loisirs et de vacances, les maisons de quartiers. Son programme est très clair, comme on peut le lire dans le bulletin municipal Le Toulonnais (no. 17, décembre 1996) : "une jeunesse enracinée dans la culture toulonnaise". Les services publics chargés de la jeunesse, au nom d'une prétendue "culture jeune" ont encouragé les activités, les modes d'expression coupant notre jeunesse de ses aînés. Cendrine Le Chevallier, adjointe au maire, mère de famille, veut au contraire que les enfants apprennent à connaître et à aimer la culture dans laquelle ont grandi leurs parents". Aussi sont organisés des fêtes "traditionnelles", telles que crèche vivante, carnaval, spectacle sur "la vie des Français de 496 (sic !) à 1996" et la fête de la Belle de mai, "délaissée depuis quelques trente ans", durant laquelle, "le premier jour du mois de mai, le mois de Marie", les jeune filles élisaient leur reine, "la plus jolie mais aussi la plus gentille". On notera l'esprit peu laïque qui anime l'équipe municipale et ses publications.

Cette élévation d'esprit se remarque aussi chez P. Viard, adjoint à la mer, exprimée dans un reportage sur Arte, le 21 août 1997. Chaque être humain est déterminé par sa biologie, sa génétique, et "l'ordre intime d'une femme c'est de mettre au monde un enfant, et apparemment elle serait programmée pour en mettre une vingtaine au monde. C'est aussi écrit dans la Bible, et je pense qu'une femme qui est chef d'entreprise ou avocate, c'est une sorte de mutation interne qui désobéit à la physiologie". Quel écho ont eu ces propos ? "Il n'y pas eu de réactions très vives, ces propos ont été considérés comme juste une exagération... de tels dérapages verbaux sont rares, le maire essaie de contrôler ses adjoints pour éviter des incidents. Car ceux-ci sont déjà nombreux... Par exemple, le licenciement par Cendrine Le Chevallier de son employée de maison qui était enceinte, un procès pour insulte, l'affaire du domaine de La Cros, dont la mairie veut faire un centre de vacances concurrençant les réalisations du Conseil général... Il y a eu aussi la tentative de majorer de 140% le prix du ticket dans les cantines scolaires, mais la décision, annoncée au Conseil municipal en novembre 1995, a du être annulée. Même tentative de remise en cause des services collectifs en ce qui concerne les crèches : la municipalité voulait modifier les horaires, en les faisant ouvrir plus tard le matin... Là non plus, elle n'a pas pu mettre à exécution son projet".

Une des mesures les plus claires de l'application du programme FN a été la suppression des subventions à Aides, dès la victoire électorale, en même temps que la suppression des subventions au Secours populaire ou à la Fédération des oeuvres laïques... Et deux ans plus tard, le Conseil général supprime lui aussi ses subventions de 130 000 F dont 120 000F servaient à aider directement les gens. "Le prétexte était une diffusion devant un collège de matériel d'information destiné aux jeunes... Mais, dans les cartons, se trouvaient d'autres documents, pour une diffusion à d'autres publics ; un de ces documents est arrivé aux mains du FN, qui a accusé Aides de le diffuser aux enfants... La droite dure, en ces temps pré-électoraux, cherche à ne pas s'opposer au FN, et puis c'est une question de convictions partagées, dans ces domaines... Avec la mouvance intégriste, l'armée, il y a un fort potentiel de gens pour se reconnaître dans ces orientations idéologiques."

Hélène Rauzier et Claudie Lesselier

(1) Faire face, B.P. 93 et Alerte Orange B.P. 94 84103 Orange cedex.
(2) Claire Robert, "Marignane, Le FN sort de l'ombre", Taktik, 15 janvier 1997.
(3) c/o MFPF, 13 bd d'Athènes, 13001 Marseille.
(4) B.P. 65, 13742 Vitrolles.
(5) cf le tract de Ensemble pour Vitrolles intitulé "Ce qu'ils proposent, nous l'avons déjà fait".
(6) voir aussi Michel Samson, Le Front national aux affaires, Calmann-Lévy, 1997.
(7) B.P. 106 Garibaldi 83503 La Seyne, tél : 04 94 30 64 18.