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Radiographie du FN
chapitre 17

Marseille
Silence = danger

Tous les défenseurs des droits de la personne savent que le Front national est un parti raciste, antisémite et xénophobe. Sur ces terrains, la frontière est assez bien tracée entre lui et les autres forces politiques du pays. Mais combien sont-ils ceux qui prennent aussi en compte dans leur lutte contre l'extrême droite son sexisme, avec la remise en cause de droits si difficilement acquis par les femmes, ou encore son homophobie ?

Seulement, voilà ! Prenons l'homosexualité, par exemple. Pourchassée par les lois du régime nazi dès 1935, elle est encore aujourd'hui l'exclusion la mieux partagée par l'ensemble de la société, car elle est victime de rejets ou de blocages à débusquer y compris chez d'authentiques démocrates. Le FN le sait et en profite. C'est en quelque sorte le maillon faible de la résistance à la remontée de l'ordre moral. Or il devient urgent que les mentalités changent avant qu'il ne soit trop tard. La sauvegarde de la démocratie dépend d'une forte solidarité entre tous les exclus désignés par le Front national sans exception. Alors n'excluons pas à notre tour et ne choisissons pas parmi les victimes potentielles de l'extrême droite de n'en défendre que certaines. Toutes les personnes discriminées et pourchassées par le fascisme doivent jouir du même respect de leurs droits, de leur identité, de leur choix de vie. L'extrême droite sait exploiter la peur de chacun face à la différence de l'autre. C'est donc d'abord sur nos esprits qu'il ne faut pas lui laisser prendre le pouvoir, même si cela doit remettre en question certains fonctionnements de notre société patriarcale ou certains héritages de notre culture judéo-chrétienne.

Une urgence de solidarité s'impose tout particulièrement en Provence où les attaques contre l'homosexualité se multiplient. Voici quelques exemples récents parmi d'autres.

Le premier illustre le prolongement des idées du FN dans la société civile. Albertine F. est une jeune femme marseillaise atteinte d'une hépatite C après une transfusion sanguine pratiquée à son insu, il y a plusieurs années. Tout récemment, elle s'est adressée à une association de défense des transfusés pour être aidée dans ses démarches contre l'institution qui lui a donné la maladie. Elle a reçu un dossier, accompagné d'un questionnaire à renvoyer. Et, surprise ! A la première ligne de celui-ci on peut lire : "demandez à votre médecin un certificat de non-homosexualité". Voici comment cette association à but caritatif, qui n'est pas le FN, est porteuse elle aussi des mêmes valeurs d'ordre moral et d'exclusion.

En 1996, Colette Charlier, professeur de philosophie dans un lycée d'Aix en Provence, est diffamée par une lettre anonyme, sur son lieu de travail. La lettre émane d'un parent d'élève, vite identifié, militant du FN, qui reconnaît les faits. Elle gagne son procès contre lui. Elle reçoit alors une deuxième lettre anonyme, apparemment collective, au texte ordurier et menaçant, violemment sexiste, homophobe et antisémite, revendiquée par "des amis" du condamné. Elle dépose une deuxième plainte. Le Collectif de défense des droits des femmes de Marseille et huit associations marseillaises ont engagé une campagne de soutien et se sont portées parties civiles à ses côtés (le Centre évolutif Lilith, le Planning familial, la LICRA, le MRAP, SOS Racisme, la LDH, le CODIF, le SNES-13). L'affaire suit son cours.

Au printemps 1997, Olivier V., un jeune enseignant homosexuel d'un lycée de Marignane, est menacé dans sa carrière par des dénonciations écrites auprès du Rectorat et de l'Académie, toujours anonymes, signées "des parents d'élèves de Marignane"... Des pétitions de soutien ont circulé dans la région.

En juillet 1997, Régine Juin, directrice depuis onze ans du cinéma d'Art et essai "Les Etoiles", à Vitrolles, est licenciée par son employeur, la mairie. Elle avait refusé de déprogrammer une série de films sur le sida et sur l'homosexualité. La raison invoquée : refus d'obéissance ! Elle a assigné son employeur devant le tribunal des Prud'hommes. L'affaire a été reportée au mois de mars 1998. Elle aussi a besoin d'un large soutien.

Alors, sachant que ce qui n'est pas nommé n'existe pas, la mention de l'homophobie, tout comme celle du sexisme, ne doit plus être omise lorsque nous dénonçons les atteintes aux libertés et aux droits fondamentaux de l'être humain par le Front national et l'extrême droite. C'est la crédibilité de notre lutte pour la défense de la démocratie qui est en jeu !

Nicole Sirejean
membre du Collectif de défense des droits des femmes de Marseille.