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Radiographie du FN chapitre 9 |
Martine Lehideux, une des rares figures féminines au sein
du FN, mais qui n'en est pas plus rassurante pour autant,
naît le 23 mai 1933 dans la grande bourgeoisie
financière parisienne. Dés le début, fascisme
et collaboration sont pour elle une histoire de famille : son
oncle, François Lehideux, a été ministre de la
production industrielle du régime de Vichy et anime encore
aujourd'hui une association qui milite pour la
réhabilitation de Pétain. Comme lui, Martine Lehideux
ne renie rien, ainsi au cours du Conseil régional
d'Ile-de-France en 1993. Son frère, Bernard Lehideux,
élu UDF, ayant condamné toute forme de totalitarisme
et renvoyant dos à dos communisme et nazisme, elle l'avait
alors vivement interpellé : "Bernard,
souviens-toi ! Tu as une histoire !"
Son combat au sein du FN pour la défense de la famille
rappelle d'ailleurs les principes et les valeurs du régime
de Vichy.
Responsable d'un mouvement scout, engagée dans la vie politique à partir des événements de Hongrie en 1956, Lehideux milite pour l'Algérie française en organisant l'accueil des pieds-noirs en France et en soutenant les prisonniers de l'OAS, organisation terroriste. Au cours de ces activités, elle rencontre André Dufraisse, qui devient son mari.
Lui aussi a un passé chargé : permanent du PPF, parti fasciste d'avant-guerre, compagnon de Doriot, le dirigeant du parti, il combat en Russie, en 1945, sous l'uniforme SS, dans la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF). Comme Martine Lehideux, et avec elle, il a à coeur d'entretenir la mémoire de ce temps "glorieux" : jusqu'à sa mort en 1994, il préside chaque année le banquet des anciens de la LVF, où sont invités d'anciens compagnons d'armes SS et où l'on entonne joyeusement les chants de marche de l'armée nazie.
Dufraisse a rejoint Le Pen dès 1956, lorsqu'il
présidait le mouvement nationaliste et corporatiste des
jeunes poujadistes.
En 1972, il participe à la création du Front
National, auquel Martine Lehideux se joint immédiatement en
créant la fédération du Pas-de-Calais. Lui
siège au Bureau politique et fonde le cercle Entreprise
Moderne et Liberté en 1984, destiné à
rassembler cadres et patrons dans le giron du FN.
Elle devient une militante active et une figure importante du parti. Elle est député européen du FN de 1984 à 1989, conseiller régional d'Ile-de-France en 1992, conseiller du XXe arrondissement de Paris en 1995. Elle siège au comité central du FN depuis 1982, au bureau politique depuis 1988, et est vice-présidente.
C'est une fidèle de Le Pen qui a largement contribué à influencer l'orientation du parti. Catholique pratiquante, elle a rapidement convaincu Le Pen de l'importance du soutien des réseaux religieux intégristes. Pourtant le président du FN n'était pas, à l'origine, particulièrement dévot : il n'a pas épousé sa première femme à l'église et n'a fait baptiser ses enfants que sous la pression de son épouse. En 1973, il se déclarait favorable à l'avortement et à la contraception ! Mais après le vote de la loi Veil, comprenant l'importance de la réaction cléricale et l'apport que pouvaient constituer les groupes intégristes et traditionalistes regroupés autour de Mgr Lefebvre et de Romain Marie, il change brusquement d'orientation. Il se convertit, en bon opportuniste, au catholicisme, instrumentalisé pour servir son projet politique, et part en guerre contre l'avortement.
Martine Lehideux s'est depuis spécialisée dans ce combat, et plus largement dans ce qu'elle définit comme la défense des femmes et de la famille. En novembre 1985, elle crée le Cercle national des femmes d'Europe (CNFE) qui vise, sous couvert de "valeurs morales" ou de "loi naturelle", à ôter aux femmes toute liberté et toute capacité d'initiative en dehors de leur foyer, à les confiner dans leur rôle de mère et d'épouse.
Certes Madame est majeure et vaccinée et, jusqu'à nouvel ordre, on n'est pas responsable des délits commis par ses proches. Mais voilà : dans son engagement politique, Lehideux perpétue la tradition familiale, en digne héritière du régime vichyste. Son oeuvre et son combat, le Cercle national des femmes d'Europe (CNFE) en est un témoignage éloquent.
Sa conception particulièrement réactionnaire de la famille, "cellule de base de la société", et du rôle des femmes, "génitrices et compagnes de coeur de l'homme", renvoie tout droit aux principes de Vichy. On y retrouve le même vocabulaire : la famille définie comme la "cellule initiale" de la société, la maternité comme la "vocation naturelle" des femmes. Sous Pétain, l'article 56 du projet de Constitution stipulait : "la loi, par un ensemble d'avantages réels et de mesures efficaces, favorise le mariage, facilite la fondation de foyers, soutient la maternité, assiste les familles nombreuses, retient la mère au foyer, protège l'enfance. " Ce sont bien ces mêmes objectifs que poursuit aujourd'hui le CNFE. "Il faut revaloriser la femme, la mère de famille, et lui redonner sa beauté, sa noblesse, sa beauté morale, son charme et, aussi, les possibilités de vivre", nous dit Lehideux.
Pourtant, lorsqu'elle insulte les militants antifascistes sur les marchés de sa circonscription, leur fait des bras d'honneur, tandis que ses acolytes traitent élégamment les femmes de "mal-baisées", de "mégères" et les envoient "faire une fausse couche", on aimerait bien qu'elle s'inspire un peu plus de la "douceur de vivre, du charme et de la beauté" qu'elle recommande à ses concitoyennes.
Mais n'oublions pas que les menaces font partie de son programme. C'est son argument favori pour détourner les femmes de la vie active. Les femmes, en travaillant, trahissent leur vocation "d'ange du foyer".
Elles portent alors la "responsabilité de l'éclatement des familles", abandonnent leurs enfants à la "délinquance et la drogue" tout en s'exposant à de nombreux dangers comme "le viol ou le sida".
Ce qui est transparent chez Lehideux, c'est sa mauvaise foi ! Si elle préconise aux femmes de se consacrer essentiellement à leurs foyers et à leurs enfants, elle se garde bien de suivre le modèle qu'elle tente d'imposer : loin de se soumettre à l'"autorité naturelle" du "chef de famille" elle conservera après son mariage son nom de jeune fille. Point d'enfant évoqué autour de Martine Lehideux. Qu'a-t-elle fait de sa progéniture ?
Opposée à l'égalité des sexes, elle se définit néanmoins, dans un discours au congrès du FNJ (Front national de la jeunesse) comme un "homme politique comme les autres", répugnant à parler en "bonne femme". Martine Lehideux se dispense apparemment volontiers de ce qu'elle recommande aux autres et qui ne sert qu'à appuyer son projet politique. Le recours à l'ordre moral, aux principes religieux, à une politique familiale des plus traditionalistes ne sont qu'un moyen pour maintenir la stabilité et l'ordre dans la société par l'écrasement de l'individu, faisant des femmes des êtres désincarnés, privés de toute liberté et de toute responsabilité réelle en dehors de leur famille.
La restauration de la morale, selon le CNFE, passe aussi par la lutte contre l'avortement.
A son programme est inscrite l'abrogation de la loi Veil, et Martine Lehideux mène personnellement ce combat au Parlement européen. Dans cette lutte, le CNFE est associé aux réseaux catholiques intégristes et aux commandos anti-IVG. Ainsi, Lehideux est membre de Laissez-les vivre. Cette association, fondée en 1970, pratique un important lobbying sur la classe politique, notamment en envoyant des tracts et des documents aux élus pour infléchir leurs décisions vers la lutte contre la loi Veil. Laissez-les vivre agit aussi de manière plus brutale, participant par exemple en 1990 à un commando anti-avortement à l'hôpital de Tournon. Lehideux est également membre du comité d'honneur de l'UNEC (Union des nations de l'Europe chrétienne), qui a fait circuler une pétition contre l'IVG et dont les membres, outre leur participation aux commandos anti-IVG, effectuent régulièrement, depuis 1991 des pèlerinages à Auschwitz pour "commémorer le plus grand génocide de tous les temps, celui des foetus".
F. D. S. Collectif Ras l'front Paris 20e